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Personnage
« Une étudiante ordinaire. » Elle se présente calmement, une lueur irisée scintillant dans ses yeux. Une fois de plus, les structures du monde se révèlent à elle. En plissant les yeux, elle isole le fil qui tire la vie.
>>>Autorisation confirmée. Fichiers associés déverrouillés. Bienvenue inspectrice ███.>>> Rapport évaluatif de Forte : NHA-Œil du démêlement-017 Sujet : Chisa Kuchiba Type de résonance : Mutant Emplacement de la marque taciturne : haut du bras droit Organisation réalisant les tests : Ashinohara - Néo Honami - Centre de surveillance des Résonateurs Les tests indiquent que le sujet possède d'extraordinaires capacités cognitives lui permettant de percevoir la structure, la forme et les mouvements des objets observés. En utilisant son énergie résonatrice, elle peut analyser les faiblesses d'un objet grâce à sa vision et appliquer des interférences précises pour provoquer une destruction structurelle. Note : le sujet rapporte voir des « fils » qui provoquent l'effilochage des objets. Une analyse préliminaire suggère que ces « fils » ne sont pas des entités réelles, mais des manifestations visibles exclusivement par le sujet.
>>> Augmentation du niveau d'accès : R-III >>> Le Forte du sujet présente une extensibilité et un potentiel de croissance au-delà des seuils de sécurité établis. En conditions extrêmes, elle pourrait être capable d'analyser des structures spatiales abstraites, d'identifier les « fils » d'anomalies au sein d'espaces anormaux et de provoquer des distorsions de la réalité, y compris une [██] spatiale. Indicateurs anormaux actuels : De multiples fluctuations abruptes ont été détectées sur la courbe de Rabelle, avec des valeurs de crête proches de la limite critique. La stabilité de son Forte reste faible, présentant un certain risque d'overclocking. Mesures de surveillance préliminaires : Le sujet doit porter en permanence un dispositif de suppression (type collier) pour réguler son Forte. Elle est inscrite sur la liste de surveillance des Résonateurs à haut risque. Les agences de surveillance compétentes sont tenues de transmettre aux autorités centrales des rapports actualisés sur l'évolution du Forte et la position du sujet en temps réel. Si jugé nécessaire, des mesures coercitives pourront être prises conformément à la législation en vigueur.
« Une étudiante ordinaire. » Elle se présente calmement, une lueur irisée scintillant dans ses yeux. Une fois de plus, les structures du monde se révèlent à elle. En plissant les yeux, elle isole le fil qui tire la vie.

Chisa - Tenue par défaut
Un vieil uniforme de l'Académie Brandétoile, vestige d'un temps révolu que Chisa porte encore par habitude. Ce tissu a traversé tant de combats à ses côtés, témoin de chaque fil tranché. Son col demeure impeccable, ses plis toujours parfaits. Il l'accompagne vers un matin qui ne se répétera plus.
Elle a passé l'été de ses six ans sur les épaules de son père. La brise du soir transportait les odeurs mêlées de feux d'artifice et de calamars grillés qui flottaient depuis les stands du festival. Tenant une guimauve grillée dans une main, la petite Chisa pointait le ciel avec l'autre. Les koi nobori se balançaient dans l'air du soir et les feux d'artifice explosaient au-dessus de sa tête. Les fils rouges suspendus aux poignets des spectateurs tournoyaient, se mêlaient et tissaient une toile chaude et invisible sur toute la foule. « Quel souhait as-tu fait, Chisa ? » demanda sa mère alors que les feux se reflétaient tendrement dans ses yeux. Les joues collantes à cause du sirop de pomme, Chisa les gonfla avant de déclarer fièrement : « Je veux être comme maman ! Faire les plus jolies découpes en papier et garder tout ce que j'aime… » L'été de ses douze ans fut différent. Cette année-là, son monde fut brutalement plongé dans le silence. Son père était parti dans des voyages d'affaires sans fin, et la porte du frigo était recouverte des horaires des services de sa mère. Au fil du temps, elle s'était habituée à ce que ses appels tombent toujours sur « occupé ». « C'est pas grave. Je peux prendre soin de moi », se disait la jeune Chisa. Ses doigts tremblaient alors qu'elle soulevait le couvercle du pot. Elle allait se préparer un sukiyaki parfumé au citron. Un prospectus de cuisine tomba sur la table, révélant ce qu'il contenait : un plat réconfortant pour les repas de famille. Le bouillon se mit à frémir, son parfum de bœuf et de légumes embauma la pièce. La buée apparaissait sur les carreaux. Dans le reflet sur la vitre embuée, Chisa ne vit que son reflet solitaire et flou. Aucun rire, aucun tintement de verres. « Pour les repas de famille. » Une phrase si douce au concept si lointain, pensa-t-elle.
L'été de ses quinze ans avait des relents de crayons taillés et de solitude. Un après-midi, la pluie s'était brièvement calmée. Les bras chargés de livres à retourner, Chisa traversa la cour en passant devant la salle d'équipement. À travers la porte, elle entendit des pleurs étouffés. À travers la fissure, elle vit sa camarade de classe Ritsuko coincée par trois filles. Sa jupe était couverte d'encre et ses lunettes gisaient brisées au sol. Leur cheffe appuyait un briquet contre le nom brodé sur l'uniforme. Une odeur âcre de tissu brûlé emplissait l'air. Chisa se souvint de la grenouille en cours de science, épinglée à plat sur la table de dissection, les membres écartelés, mais dont le cœur battait encore sans but. Avant d'avoir pu réfléchir, ses mains s'étaient déjà mises en mouvement. Elle ouvrit grand la porte et sortit les ciseaux qu'elle avait toujours sur elle. Ces mêmes ciseaux qui avaient accompagné sa mère tout au long de sa carrière et dont elle avait hérités. Ils étaient désormais pointés vers un visage, pour la première fois. « Laissez-la partir », exigea-t-elle. Les représailles ne se sont pas fait attendre. Le lendemain matin, on avait gravé sur son bureau le mot « débile ». Son casier débordait des livres de cours déchiquetés. Le pire était les visages indistincts. Lorsqu'elle essaya de voir qui l'avait fait trébucher, elle réalisa trop tard que tous les visages autour d'elle s'étaient transformés en couleurs informes. Le rapport du médecin indique : « Trouble d'agnosie visuelle psychogène ». Alors que son énergie résonatrice se révélait, son cerveau semblait avoir coupé les connexions lui permettant de reconnaitre les visages. À ce moment, elle avait entendu le bruit distant d'un coup sec. Semblable au bruit que fait le fil délicat d'un koi nobori alors qu'il se rompt contre la branche d'un arbre. Ce fil chaleureux et lumineux qui unissait autrefois les gens s'était défait, tombant en une pluie de filaments brisés. Alors que ses ciseaux découpaient le dernier petit mot rempli d'injures, une pluie torrentielle s'abattit sur les fenêtres de la classe. Chisa contempla son reflet trouble et vacillant dans la vitre et comprit soudain que pour grandir, il lui faudrait apprendre à couper elle-même chaque fil mal placé : le fil des koi nobori emmêlé dans les branches, le fil du cerf-volant glissant des mains de ses parents, ou le fil dessiné par les lèvres grimaçantes de ses tourmenteurs. La saison des pluies s'éternisait. Avec la chaleur de l'été, les cigales vinrent. Serrant ses ciseaux, Chisa commença à imaginer un chemin qu'elle pourrait tracer elle-même. Un chemin certes solitaire, mais qui lui correspondrait. Un chemin où elle ne regarderait plus en arrière.
L'été de ses seize ans, le ciel était couvert de nuages, une tempête éclata. Le tonnerre résonnait dans ses oreilles tandis qu'elle se tenait devant les grandes fenêtres du Centre de surveillance des Résonateurs. « Vous m'entendez ? » La voix était empreinte de ressentiment. Chisa leva les yeux vers le visage de son interlocuteur qui disparaissait dans un brouillard vide. « Très bien », répondit-elle au vide. Le collier se referma autour de son cou, froid comme tous les équipements de surveillance. Alors que la tempête s’apaise un peu, elle prend le chemin du retour. Elle coupait par le parc, elle vit un petit garçon qui pleurait près du toboggan, un fil de cerf-volant coupé entre les mains. Elle vit clairement le cerf-volant coincé au sommet de l'arbre. Cela se détachait avec une clarté troublante : trois branches formaient une cage naturelle, et si on coupait celle de droite... « Attends », dit-elle pour empêcher le garçon de tirer sur la ficelle. Il ouvrit grand les yeux. Dans un petit craquement, la branche se brisa et le cerf-volant voleta avec légèreté avant d'atterrir doucement dans les bras du garçon. « Merc… » Son cri de joie fut interrompu par un hurlement strident. « M-Monstre ! Ne vous approchez pas de mon enfant ! » Suivant le regard terrifié de la femme, Chisa se souvint du collier froid qui entourait son cou. Ce n'était pas grand-chose. Elle se dit qu'elle aurait dû y être habituée, à ce stade. Elle pouvait voir le cadre du cerf-volant, les trajectoires des gouttes, ou même les courants électriques qui parcouraient les nuages, mais pas un seul visage, ni un seul cœur. Elle s'apprêtait à repartir sous la pluie quand elle sentit quelque chose lui tirer la manche. Le petit garçon avait échappé à la poigne de sa mère. Il déposa un sachet de bonbons en forme d'étoile dans sa main. « Tenez. C'est pour vous ! Ma maîtresse dit que seuls les plus courageux ont droit aux bonbons étoiles, alors… » L'emballage craqua doucement dans sa main. Elle regarda le garçon. Son visage était encore flou, pourtant il brillait comme les lucioles autour des lanternes du festival, il y a longtemps. « Maman dit que les gens avec des colliers sont méchants », il se pencha davantage en chuchotant. « Mais moi je la crois pas. J'ai vu comme vous avez coupé la branche. C'était trop cool. » Chisa se figea, puis s'accroupit pour lui caresser la tête. L'appareil autour de son cou ne bougea pas. La gamme de sa résonance affichait une courbe étonnement régulière. Comme le ciel d'été après un orage, un rayon de lumière sembla percer les nuages.
« … ! » Chisa se réveilla en sursaut de son cauchemar, le dos trempé de sueur. Elle était étourdie et ressentait encore une douleur aiguë et fantomatique au côté qui lui mettait les nerfs à vif. Mais sa chair était intacte, contrairement à dans son rêve. Prenant une profonde inspiration, elle appuya sa main contre sa poitrine pour essayer de calmer son cœur battant. Cela faisait deux mois qu'elle était prisonnière de Honami. Son corps s'habituait lentement à la boucle sans fin, jour après jour. Mais chaque nuit, les cauchemars entraînaient son âme plus loin dans l'abysse. Elle tourna la tête vers le canapé. Sumika dormait profondément, une main tombant du coussin tandis que l'autre reposait à côté d'un carnet rempli de numéros et de notes gribouillées. Dehors, la pluie tombait en un torrent sans fin. Quand Sumika se réveilla, le crépuscule était déjà tombé. La tempête s'était calmée. Le ciel bleu nuit était parsemé de faibles étoiles, comme des petits clous éparpillés dans la nuit noire. Tout en bâillant, elle suivit Chisa à la supérette. Alors que Chisa sélectionnait avec soin les provisions, elle se tourna vers Sumika et la trouva absorbée par le panneau clignotant au-dessus de sa tête, le carnet déjà à la main. « Chisa, regarde… » chuchota-t-elle, la voix pleine d'une excitation contenue. « C'est comme la dernière fois ! L'heure, le rythme des clignotements… Tout concorde ! Si nous arrivons à collecter quelques échantillons en plus… ces données nous permettront de découvrir le schéma de la boucle ! » En voyant l'éclat dans ses yeux, Chisa ferma inconsciemment les poings. Elle sentait encore dans sa paume la sensation de coupure qu'elle avait ressenti la veille alors qu'elle tranchait les fils des Tacets Discords. Un frisson froid, comme le craquement de la soie. Dès qu'elle sortait ses ciseaux et utilisait son énergie résonatrice, elle voyait des fils rouges apparaître. Des fils de vie qu'elle était la seule à voir. Contrairement aux veines chaudes des humains, ces fils empestaient la décomposition. Ils pourchassaient les parias, les déchiquetaient et entraînaient ces vies fragiles vers une autre boucle avec la Lamentation. Chisa contempla son reflet dans la vitre : un visage calme, presque pâle, mais une lueur brillait toujours dans ses yeux. Hier, dans cette supérette, elle avait encore croisé cette fille. Celle qu'elle croisait dans chaque boucle, qui partageait toujours avec insistance son goûter, sans jamais réaliser que la lueur irisée des parias l'entourait. C'était peut-être cette gentillesse aussi fragile qu'inébranlable qui empêchait Chisa d'accepter que la ville était depuis toujours prisonnière du passé. Les nuits étaient longues, mais l'aurore viendrait toujours. Lorsque les premiers rayons de soleil percèrent enfin les nuages noirs, elle crut entendre le bourdonnement tremblant des fils. Sa main contre la poitrine, Chisa savait que lorsque la boucle commencerait, tout serait réinitialisé à nouveau. Mais peu importe. Tant qu'elle aurait encore ses ciseaux entre les mains, tant que les derniers fragments de chaleur n'auraient pas totalement été oubliés… Elle continuerait à avancer vers le jour où elle pourrait enfin mettre un terme à ce cauchemar et briser ce piège.
L'après-midi, une pluie fine tombait sur la fenêtre. Chisa se tenait devant les grandes fenêtres des archives de Trek-spatial. À dix-huit ans, elle pouvait enfin écouter à sa guise le rythme de la pluie. La véritable pluie de Lahai-Roi et non pas la cadence monotone des gouttes en boucle de Honami. La pluie fraîche, vivante et teintée d'une certaine douceur. C'était le genre de pluie qui pouvait parfois mouiller un uniforme scolaire oublié à sécher sur un balcon, ou tremper un étudiant crédule sur le chemin du retour. Un café fumant était posé sur la table devant elle. Avec ses ciseaux, elle déballa un carreau de sucre… Oui, ils l'accompagnaient encore partout, même s'ils ne lui servaient désormais plus à tailler les plantes ou ouvrir les colis. Le carreau disparut à la surface sombre du café. Derrière la fenêtre, quelques étudiants en imperméable jaune jouaient dans les flaques. Le jaune vif transperçait la grisaille de la bruine, ravivant les souvenirs de jours passés à affronter des boucles sans fin et des débuts incessants. Les souvenirs de quelqu'un qui avait autrefois marché à ses côtés vers la boucle sans fin, traçant une voie dans la longue nuit ; et de quelqu'un qui avait choisi de suivre seule d'innombrables faux chemins, devenant une pierre angulaire de la vérité. Lorsque la pluie se calma, Chisa sortit des archives, un livre sous le bras. La brise humide du soir faisait flotter ses cheveux bouclés. Le campus s'étendait devant elle, vibrant dans la lueur douce après la pluie. Un groupe d'étudiants du service d'ingénierie débattaient de façon animée à propos d'un appareil flottant. L'un d'eux la remarqua dans la bruine et lui fit signe de les rejoindre d'un geste joyeux. Elle contempla ces âmes jeunes et ferventes, camarades sous le même ciel, tous destinés à rejoindre la même mer d'étoiles. Et elle vit soudain, avec clarté, qu'elle n'était plus une âme perdue dans une boucle sans fin. Sa vie, après une période de stagnation, avait déjà rejoint la rivière bouillonnante qui emportait tout le monde vers l'avant. L'été sans fin était définitivement derrière elle. D'un pas assuré, elle se dirigea vers son nouvel avenir.
Cette paire de ciseaux nickelés pèse environ 152 grammes. Elle s'ouvre à un angle maximal de 60 degrés. Juste assez pour couper de la laine épaisse, même avec une doublure matelassée dissimulée. J'ai toujours été capable d'évaluer ce genre de chiffre, même étant petite. Mais après avoir reçu cet étrange et terrifiant pouvoir, j'ai commencé à voir encore plus de choses. Désormais, même un petit centimètre paraît un monde entier.
Quand j'étais petite, je m'asseyais sur le porche de notre maison pour écouter les cigales et fabriquer des poissons et des étoiles avec du papier coloré. Ma mère était à côté, en train de coudre un yukata. Le ventilateur grinçait en tournant, et un feuilleton de midi passait à la télé… Maintenant que j'y pense, ces étés étaient un véritable luxe.
À Honami, l'été est sans fin. Mais il n'y a pas de cigales, ni de carillon dans le vent du soir. Il n'y a que la ronde sans fin de la Lamentation… Parfois, je trouve de vieilles boîtes de bonbons dans des supérettes abandonnées. Normalement, les êtres vivants ne devraient pas ressentir la faim dans une Sonora. Mais ce goût sucré me rappelle toujours les festivals où j'allais, un bonbon à la main… Désolée, tout ça n'a pas vraiment d'importance, j'imagine.
Le profil de Chisa a été mis à jour le : 14/07/2026